De la littérature
"Je devais revenir vers ce livre. Ce retour relève du hasard, mais, plus encore, d'une exigence morale. prisonnier volontaire, je n'ai d'ailleurs jamais cessé d'y revenir. En mon adolescence, il y a longtemps, au lycée, l'ayant lu pour la première fois, j'en fus saisi comme tous les adolescents mériteraient de l'être. Ils ne le sont plus à présent, ou trop peu. L'enseignement de la littérature s'est largement dépouillé de sa mission : donner accès aux oeuvres, en favoriser le goût. Autrefois, les professeurs de lettres visaient à la délectation des mots, tentaient de faire vibrer la langue. Ils se penchaient sur les personnages et leur prêtaient une réalité. Ils glosaient selon leur talent, glanaient ce qu'ils pouvaient, paraphrasaient à l'occasion, ce qui n'avait aucune importance : l'essentiel consistait à s'enfoncer dans le texte en le commentant ligne à ligne. Pas de théories blindées, mais du jugement avec de l'ardeur. Les élèves, impressionnés par la richesse des récits et des styles, voyagaient au delà d'eux-mêmes. Ils quittaient le langage quotidien pour des lectures qui les grandissaient. L'imagination les emportait vers des terres inconnues. Ce qu'ils lisaient leur appartenait, ils conservaient ce trésor en eux, même à leur insu. C'était une aventure. Les dépayser, affiner leur langage, leur transmettre un legs ancestral, les hisser vers le meilleur d'eux-mêmes, voilà quel était le but. Temps révolus. Le principe d'utilité, cette sécheresse, prévaut désormais. Le crin de l'analyse arrache la peau, le froid de sa lame tranche les nerfs, son pilon broie les muscles. Assassinées, les pages vivantes. On a transformé les professeurs en médecins légistes. Honneur aux récalcitrants qui s'obstinent! Ils sont les gardiens de la flamme!"
Jean-Michel Delacomptée, Passions La princesse de Clèves
Honneur à Ch., donc! (Puisse cela lui faire oublier l'amertume après ce voyage à Paris, où ses élèves de terminale qui y venaient, certains, pour la première fois, ne semblaient rien apprécier et préférer -exepté un!- à Hopper le match Manchester contre je ne sais qui)
Et ce souvenir qui ne m'a jamais quittée : premières semaines d'hypokhâgne, octobre 1988, couchée dans mon lit, un soir, je réalise avec consternation que je n'arrive plus à lire sans décortiquer le texte, le découper. Vais-je, à cause de mon inclination pour la littérature, perdre le plaisir de lire?
Et puis irrésistiblement, juste pour son inélégance :
"En faire un nid qui protégerait mon coeur du froid du monde"
Ma vie s'est passée dans les livres, loin du monde, et j'avais, sans le savoir, fait avec mes lectures ce que les oiseaux par instinct font avec les branches nues des arbres : ils les entaillent et les triturent jusqu'à en détacher une brindille bientôt nouée à d'autres pour composer leur nid.
Christian Bobin, Louise amour
Et si vous alliez vous blottir dans celui que Florizelle a eu l'idée de partager ?
Ses initiales
J'ai écouté pour la première fois le récit d'évasion de mon grand-père d'un camp de travail allemand, à une quarantaine de kilomètre de Leipzig, enregistré il y a plus de 40 ans. Ce qui m'a tellement émue, c'est de savoir qu'il y a, dans la campagne de Dieuze, à plus de 600 km de Leipzig, un saule pleureur qui porte ses initiales gravées dans son tronc. A cet endroit là, il lui restait plus de 1000 km à faire pour rejoindre sa maison.
Je ne savais pas que mon grand-père parlait en roulant les R, je n'en avais aucun souvenir.
Légèretés
Il y a eu des mondanités et un chamapgne rosé pour fêter les 9 semaines luxueuses de vacances.
Détails estivaux
Dans la belle maison, spacieuse, bien rangée, à l'âme reposée, il y avait plein de très charmantes choses.
Dans l'église de Lacoste, peu intéressante, donc ouverte toute la journée, une collection de photophores, le mien y est.









