Il y a quelques jours, m'efforçant comme je fais une fois tous les deux ans de ranger le grenier, j'ai trouvé au fond d'un carton les carnets où j'avais, certains soirs de désolation, tenté de relater mon adolescence. Après une petite hésitation, je les ai ouverts, j'ai commencé à relire. Proust ne dit pas que le thé où il trempait sa madeleine était trop chaud et lui a brûlé la langue, ni qu'il a trébuché sur les pavés inégaux et s'est fait une entorse : je fondis en larmes.

Jacqueline Harpman, Le véritable amour, 2003.

C'est bien joli d'honorer par des larmes ceux et celles que nous fûmes en leur temps. L'écriture intime comme une création, non d'une oeuvre littéraire, mais d'un contour de soi-même : j'écris dans ce carnet pour mieux me contourner.                      

 

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